“Nage Libre” : quand des championnes de natation sont sacrifiées par le nazisme
©Ludo Leleu
Au Studio Hébertot, Lisa Wurmser signe et met en scène un spectacle doux-amer autour de trois championnes de natation, contraintes de fuir Vienne dès 1938, mais qui se retrouvent cinquante ans plus tard, invitées par le maire de Vienne, pour récupérer leurs médailles. Trois comédiennes saisissantes, Francine Bergé, Bernadette Le Sache et Flore Lefebvre des Noëttes, accompagnées de Nicolas Struve, incarnent avec émotion de veilles dames très dignes et encore très drôles.
Vienne 1936-1995
Dans les années 1920, à Vienne, le Club juif Hakoah (« la force » en hébreu) regroupait les meilleurs athlètes sportifs juifs, exclus des autres clubs de Vienne, en natation et en football. En 1936, trois de ses nageuses vedettes, Judith Deutsch, Ruth Langer et Lucie Goldner, ont boycotté les Jeux Olympiques de Berlin pour protester contre l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Lorsque deux ans plus tard les nazis ont annexé l’Autriche, ils ont fermé le club et saisi toutes ses installations sportives. C’est pour faire revivre cette histoire que Lisa Wurmser a imaginé le retour des trois championnes de natation, baptisées dans la pièce Rachel, Hannah et Esther, qui reviennent à Vienne en 1995 à l’invitation de la mairie pour récupérer enfin leurs médailles.
Trois comédiennes vibrantes

©Ludo Leleu
Il fallait des actrices habitées pour incarner de telles femmes, capables de sauver leur âmes de sportives et leurs idéaux de vie pour braver la menace nazie. Francine Bergé-Rachel, Bernadette Le Saché-Esther et Flore Lefebvre des Noëttes-Hannah campent avec beaucoup d’aplomb et de drôlerie ces survivantes de l’Histoire. La première, silhouette impériale de danseuse classique et prestance d’aristocrate, est installée à New York et pratique quotidiennement ses longueurs de piscine. La seconde, alerte, malicieuse comme un lutin, a émigré à Tel Aviv. Enfin la troisième, flamboyante danseuse de tango, a pu s’exiler à Buenos Aires. Trois vieilles dames pétillantes de vie, prêtes à en découdre avec le serveur joué par Nicolas Struve, mi-ange mi-diable, énigmatique maître de cérémonie qui sert le chocolat chaud et les Strudels avec de la crème, hélas pas aussi succulents qu’en 1936.
Un bain de souvenirs sportifs

©Ludo Leleu
Soudain, au gré d’un fou-rire et d’une réminiscence commune, voici nos trois vieilles dames redevenues gamines, amoureuses d’un champion de crawl ou rivales dans un cabaret dansant. En anglais, en espagnol ou en yiddish, les souvenirs fusent, tricotant de nouveaux fantasmes, de nouvelles amourettes, des admirations renouvelées. Elles ont de nouveau vingt ans, comparent leur tour de taille et la vigueur de leurs cuisses devant le serveur qui s’est transformé en directeur du cabaret nommé L’Enfer. La musique d’Eric Slabiak nous fait voyager autour de la piscine d’Amalienbad, des vidéos en noir et blanc alternent la douce berceuse en Yiddish interprétée par la chanteuse Izoula et les diaboliques images d’archives de défilés à la gloire d’Hitler. On rit et on pleure en même temps, en se rappelant l’époque maudite où seules les sportives blondes avaient le droit de vivre, de nager et de gagner. Un spectacle en forme d’hommage, troublant et poétique, en guise d’alerte pour l’avenir.
Hélène Kuttner
Articles liés

“Les deux frères et les Lions” à découvrir au Théâtre de l’Œuvre
L’irrésistible ascension de deux immigrés écossais. Les Deux Frères et les Lions » est un conte qui dresse le portrait de deux frères jumeaux issus d’un milieu pauvre qui vont devenir à la fin du XXème siècle l’une des plus...

Catherine Hiegel dans “Les règles du savoir-vivre dans la société moderne”
Naître, ce n’est pas compliqué. Mourir, c’est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n’est pas nécessairement impossible. Il n’est question que de suivre les règles et d’appliquer les principes pour s’en accommoder, il suffit de savoir qu’en...

“Élise sous emprise”, une comédie dramatique en salle le 13 mai
Rien ne va plus dans la vie d’Élise : engluée dans une relation toxique avec Léopold, elle se retrouve propulsée à la tête d’une troupe de théâtre, suite à la mort soudaine du metteur en scène dont elle était...






